Fermeture des modules de jeux en hiver à Matane | Des parents relancent la bataille et interpellent la ministre de l’Éducation

Pierre-Olivier Lefrançois | 15 janvier 2026 | 10:05
Photo courtoisie: En faveur de l'ouverture des modules de jeux scolaires l'hiver - Facebook

La gestion des cours d’école par les centres de services scolaires en période hivernale continue de susciter de vives réactions à travers le Québec. En effet, la question des buttes de neige et de l’accès aux modules de jeux en hiver refait surface. À Matane, plusieurs parents, dont Pier-Olivier Gagné, reprennent leur combat là où ils l’avaient laissé l’année dernière, afin que soient rouverts les modules de jeux dans les écoles primaires du Centre de services scolaire des Monts-et-Marées (CSSMM).

Rappelons que le CSSMM procède depuis deux années scolaires à la fermeture d’installations ludiques extérieures en hiver à Matane, citant des enjeux de sécurité. La situation se répète en 2026 ; dans les cours d’école St-Luc, Zénon-Soucy et Victor-Côté, les balançoires sont attachées, dans certains cas même entourées de rubans « danger ».

« On nous répète que l’outil d’aide à la décision est utilisé du côté du CSS, mais la peur l’emporte chez les gestionnaires des écoles », déplore Pier-Olivier Gagné. « De plus, ça fait deux ans que les parents auraient dû recevoir l’outil et on vient de l’avoir. »

Ce dernier a d’ailleurs pris l’initiative d’envoyer une lettre à la nouvelle ministre de l’Éducation, Sonia Lebel, afin de partager ses revendications et son argumentaire.

« De nombreux parents sont profondément outrés par les mesures mises en place concernant la gestion des cours d’école, particulièrement en période hivernale. Une deuxième enquête du Protecteur national de l’élève est d’ailleurs en cours concernant la fermeture des modules de jeux et des balançoires durant l’hiver. L’opinion publique se resserre, les tensions sont vives et le climat se détériore entre les parents et le personnel scolaire. Comme père de famille, je vous demande respectueusement de vous pencher sur la question de la montagne de neige et de l’accès aux modules de jeux en hiver », écrit-il.

Selon lui, le système actuel est inadéquat et protège mal les établissements scolaires et leur personnel, exposés à des plaintes et même à des poursuites en cas de blessures dans les cours de récréation.

« L’accès aux cours d’école doit être rendu aux enfants de façon sécuritaire et réfléchie. Le Protecteur de l’élève le souligne lui-même : une ligne claire doit être tracée entre le risque acceptable et le danger réel. Vous avez choisi de vous en remettre au gros bon sens des directions en place, mais malheureusement, la peur des conséquences juridiques l’emporte trop souvent sur ce gros bon sens. Résultat : des enfants privés de jeux extérieurs, contraints de ramper au sol lorsque celui-ci est gelé, des balançoires attachées et rendues inaccessibles, et une activité physique extérieure largement compromise », décrie Pier-Olivier.

Le Matanais invite ainsi la ministre Lebel à revoir cette ligne directrice et à clarifier les responsabilités de chacun.

Des lacunes de communication soulevées par le Protecteur de l’élève

À noter que dans son document de conclusions d’enquête suivant la plainte d’un parent, dont notre équipe a obtenu une copie, le Protecteur national de l’élève avait souligné des « lacunes de communication et de transmission claire des informations » du CSS à l’école à la suite d’une décision du conseil d’administration (CA), prise en novembre 2024, de décentraliser auprès des établissements scolaires la gestion des décisions concernant les modules de jeux.

Toutefois, l’enquête révélait que la gestion de la cour de l’école concernée par la plainte avait été « bonne et respectueuse du cadre normatif en vigueur » et que le droit des élèves de jouer, de même que leur droit à la sécurité, avaient été respectés « en raison de l’offre variée et adéquate d’activités et des possibilités offertes dans l’ensemble de la cour d’école ».

Dans un même élan, le Protecteur national de l’élève formulait certaines recommandations à l’endroit de la direction de l’école, comme celle suggérant d’impliquer l’ergothérapeute scolaire dans l’évaluation de l’ensemble de l’aire de jeu.

Lors d’une rencontre avec la direction de cette école au cours des derniers jours, Pier-Olivier Gagné se serait notamment fait dire qu’une telle recommandation était difficile, voire impossible, à réaliser avec les ressources dont dispose l’établissement.

« [La direction] me dit être du même avis que moi [en ce qui concerne les modules de jeux], mais me réfère au CA de parents. Si la direction ne peut pas faire changer les choses, je ne crois pas que le CA de parents va être en mesure de le faire », lance-t-il.

Un débat national

Rappelons qu’il y a quelques semaines, des recommandations ont été émises par les assureurs scolaires pour les cours d’école. Celles-ci suggéraient notamment que les buttes de neige ne dépassent pas trois mètres de haut, avec une pente maximale d’environ 25 %. La nouvelle avait engendré de nombreuses réactions à travers la province, jetant une nouvelle bûche dans le poêle déjà chaud de « l’hyperréglementation » des cours d’école et de la « surprotection » des enfants.

Sonia Lebel avait entre autres répondu, via les réseaux sociaux, qu’elle invitait plutôt les directions d’école à faire preuve de jugement et à favoriser le jeu extérieur, plutôt que d’appliquer des règles trop rigides.