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La ministre Geneviève Guilbault quittera la vie politique à la fin de son mandat
Geneviève Guilbault, alors vice-première ministre et ministre des Transports du Québec, prenait la parole lors d’une conférence de presse sur la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) à Québec, le vendredi 8 août 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot La ministre des Affaires municipales, Geneviève Guilbault, a annoncé dimanche qu’elle quitterait la vie politique à la fin de son mandat.
En conférence de presse dans sa circonscription de Louis-Hébert, à Québec, Mme Guilbault a du même coup fait savoir qu’elle renonçait à succéder à François Legault, invoquant des raisons familiales.
La politicienne de 43 ans a deux enfants: Capucine, âgée de 8 ans et Christophe, âgé de 6 ans.
«Depuis plus de huit ans, j’ai tout donné pour la politique. J’ai travaillé sept jours sur sept; j’ai fait le tour du Québec», a-t-elle déclaré, disant avoir «peur du regret».
«Pour moi, il est évident que si je continue la politique encore quatre ans, je m’expose à regretter d’avoir manqué, en quelque sorte, l’enfance de mes enfants, parce que j’aurai eu la tête ailleurs.»
Elle dit comprendre que sa décision puisse paraître «surprenante» aux yeux de plusieurs Québécois.
Pourtant, c’est «une décision qui, chez nous, est prise depuis longtemps, qui n’a rien à voir avec l’actualité, (…) les sondages ou tout autre événement circonstanciel», a-t-elle assuré.
Visiblement sereine, mais avec quelques trémolos dans la voix, elle a remercié ses proches, disant qu’il était temps à présent qu’elle prenne soin d’eux.
Elle a conclu son allocution d’une vingtaine de minutes, un texte qu’elle a lu, contrairement à ses habitudes, sans prendre les questions des journalistes.
«En octobre 2017, sa victoire dans Louis-Hébert a marqué un moment charnière pour notre formation politique», a réagi le premier ministre Legault sur les réseaux sociaux, dimanche après-midi.
«Merci à Geneviève pour son engagement, son énergie, son travail de terrain et sa confiance. (…) Je comprends son besoin de passer plus de temps auprès de ses enfants.»
Geneviève Guilbault est une tête d’affiche de la CAQ depuis huit ans. Reconnue pour ses talents de communicatrice, elle a été vice-première ministre du Québec de 2018 à 2025.
Passage difficile aux Transports
L’étoile de celle qui a aussi été ministre de la Sécurité publique, des Transports et de la Mobilité durable a toutefois pâli lors des travaux de la commission Gallant sur le fiasco SAAQclic.
Mme Guilbault aurait d’ailleurs été avisée que le rapport final du commissaire Denis Gallant, attendu d’ici le 13 février, la citerait pour «mauvaise conduite».
Durant son règne aux Transports, elle a également eu maille à partir avec les villes au sujet du financement du transport collectif.
C’est sans oublier ses nombreux changements de discours concernant le controversé projet de troisième lien routier entre Québec et Lévis qui ont fini par nuire à sa crédibilité.
Les médias ont également observé un fort roulement de personnel au sein de son cabinet. En 2019, elle avait dû présenter des excuses pour avoir traité d’incompétents d’anciens employés.
Dimanche, alors qu’elle dressait son propre bilan, Mme Guilbault s’est dite victime d’«acharnement médiatique».
Elle a affirmé avoir exercé des fonctions «particulièrement exigeantes», qui l’ont amenée à mener de «nombreux combats».
L’élue de Québec s’est notamment félicitée d’avoir instauré des bracelets antirapprochement pour contrer la violence faite aux femmes et mis sur pied l’escouade Centaure.
Le «grand ménage» qu’elle a effectué avec les sociétés de transport aura permis de se «recentrer sur le service aux usagers», a-t-elle également soutenu.
«Je ne ferme pas la porte à la politique à jamais», affirme par ailleurs Geneviève Guilbault, qui enjoint aux femmes de continuer de se lancer en politique.
Les départs à la CAQ s’accélèrent
Sept députés s’étaient déplacés à son annonce, dimanche, afin de lui rendre hommage.
«C’est une femme qui a fait beaucoup pour le Québec, a déclaré le ministre délégué à l’Économie, Samuel Poulin. Elle a inspiré femmes et filles (…) en démontrant que les plus grandes fonctions sont possibles pour elles.»
«Aujourd’hui, c’est la journée d’une (…) grande dame de la politique québécoise», a ajouté le ministre des Ressources naturelles, Jean-François Simard.
Interrogé à savoir s’il s’attendait à d’autres départs à la Coalition avenir Québec (CAQ), le ministre de l’Agriculture, Donald Martel, a répondu par l’affirmative.
Selon lui, certains évoqueront leur âge. «Ce n’est pas parce que quelqu’un dit: « Je ne reviens pas », comme Geneviève, que c’est une défaite pour la formation politique», a-t-il plaidé.
Pas moins de 11 députés caquistes, dont plusieurs poids lourds du gouvernement, notamment Christian Dubé, Pierre Fitzgibbon ou Lionel Carmant, ont quitté, ou ont été exclus, depuis 2022.
Le premier ministre Legault lui-même a jeté l’éponge, annonçant la semaine dernière qu’il quitterait dès que la CAQ lui trouverait un successeur.
Si des élections générales avaient lieu aujourd’hui, la CAQ n’obtiendrait que 11 % des voix et serait pratiquement rayée de la carte, selon le plus récent sondage Pallas Data.
«Personne n’incarne mieux la montée et la descente de la CAQ que Mme Guilbault», a commenté sur la plateforme X le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime.
La victoire éclatante de Geneviève Guilbault dans le bastion libéral de Louis-Hébert lors d’une élection partielle en 2017 a longtemps eu valeur de symbole pour la CAQ.
C’est à ce moment que le parti a commencé à être vu comme une solution de rechange aux libéraux.
C’est d’ailleurs Mme Guilbault qui, à titre de ministre de la Sécurité publique, a déposé en 2018 le tout premier projet de loi du gouvernement caquiste visant à «dépolitiser» les nominations.
Avant d’être élue, Mme Guilbault a travaillé comme porte-parole au Bureau du coroner. Elle a également été attachée de presse adjointe du ministre libéral Jacques Dupuis.