Réorganisation en inhalothérapie à Matane | Des chefs médicaux craignent pour la sécurité des patients

Pierre-Olivier Lefrançois | 16 février 2026 | 12:09
Photo courtoisie Index Santé

Des chefs de services à l’Hôpital de Matane sonnent l’alarme face à une réorganisation du système de garde en inhalothérapie, une situation qui compromet la sécurité des patients.

Communiquée en novembre 2025 par la direction du CISSS du Bas-Saint-Laurent, la mesure abolit la garde parallèle de nuit. Un sursis de trois mois est aussi accordé pour les gardes en disponibilité en soirée et la fin de semaine. Concrètement, une seule inhalothérapeute serait désormais sur place pour couvrir l’ensemble des services, incluant les transferts ambulanciers, tandis qu’une seule serait disponible la nuit.

« On nous a demandé de colliger les informations d’utilisation, ce qu’on a fait. Les chiffres ont été enregistrés par l’équipe d’inhalothérapie pour les 24 derniers mois, puis remis au gestionnaire, mais ce n’était pas suffisant. On nous demande des chiffres prospectifs pour les trois prochains mois. Ce qu’on suspecte, c’est que c’est une tactique de gestion pour nous lancer de la poudre aux yeux et retirer cette garde-là (soirée et fin de semaine) au terme du sursis », craint le chef du service de médecine générale et chef local du service d’urgence à l’Hôpital de Matane, Antoine Séguin.

Les chefs médicaux dénoncent également l’absence de concertation avec les équipes sur le terrain avant la prise de décision. Malgré plusieurs rencontres avec la direction, ils affirment s’être heurtés à une position rigide et à un manque d’écoute des préoccupations exprimées sur le terrain.

« Malheureusement, on a vécu beaucoup d’hypocrisie depuis le début de cette saga, un manque de transparence important. Le déploiement de ces changements-là a été fait sans avertir les gens qui allaient être impactés », déplore Antoine Séguin.

Dans une lettre ouverte, les chefs de service ont partagé de profondes inquiétudes quant à l’impact de cette décision sur la qualité des soins et la sécurité des patients à l’Hôpital de Matane. Antoine Séguin insiste d’ailleurs sur l’importance cruciale du rôle des inhalothérapeutes dans l’organisation sécuritaire des soins aigus.

« Pensez à tous les cas graves qui arrivent en même temps et qui requièrent une inhalothérapeute à leur chevet. Ça inclut les femmes qui accouchent avec complications, ainsi que les bébés qui naissent et qui ont besoin d’un support respiratoire. Si ces exemples surviennent en simultané avec l’arrivée d’un patient à l’urgence qu’on doit intuber parce qu’il est en situation d’insuffisance respiratoire, ou encore qui a subi un trauma de la route, ça prend une deuxième inhalothérapeute pour fournir. Il y avait une garde qui permettait le bon fonctionnement, mais sans elle, il risque d’y avoir des choix déchirants à faire dans l’application de ces soins vitaux. »

Les médecins craignent aussi que cette réorganisation nuise au recrutement et à la rétention du personnel médical et des inhalothérapeutes, dans un contexte déjà fragile. Ils appellent la population et les décideurs à se mobiliser afin de faire renverser une décision qu’ils considèrent comme un recul majeur pour les services de santé à Matane.

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