Un documentaire sur l’histoire et le tourisme gaspésien | Entretien avec Laurent Turcot

Christophe Moquin | 3 mars 2026 | 15:10
Capture d'écran du documentaire L'Histoire nous le dira # 313

Il y a quelques jours, l’écrivain et vulgarisateur Laurent Turcot sortait sur sa chaîne YouTube un documentaire faisant le tour historique et touristique de la Gaspésie, en collaboration avec Le Québec maritime et Tourisme Gaspésie, dans le cadre de son émission L’histoire nous le dira. Nous nous sommes entretenus avec lui pour revenir sur la création du documentaire.

Tourné l’été dernier, cet épisode prend lieu dans différents sites touristiques de la région : le Musée de la Gaspésie et le Site d’interprétation Micmac de Gespeg à Gaspé, le Site patrimonial de pêche Matamajaw à Causapscal, le Parc national de Miguasha, le Site historique national de Paspébiac, le Manoir Le Boutillier à L’Anse-au-Griffon, le Lieu historique national de la Bataille-de-la-Ristigouche à Pointe-à-la-Croix et le village de Rivière-au-Renard.

Entretien avec Laurent Turcot

Quelle est la force historique de la Gaspésie ?

« (Rire) Bien, une des forces historiques, c’est sans doute la pêche. C’est quand même ce qui structure le continent et, plus encore, la région pendant des années, quand on regarde des villes comme Paspébiac, mais, surtout, l’intérêt que ça a eu pour les premiers arrivants, et même pour les autochtones. C’est genre crucial la pêche, autant du point de vue commercial, social, que culturel ».

Comment se sont déroulés les préparatifs pour le tournage ?

« J’ai travaillé avec mon recherchiste, Dominique Lagacé, là-dessus, puis on s’est dit : Bon, résumer l’histoire de toute une région en environ 20-25 minutes, c’est un méchant défi. Donc, on s’est dit qu’on allait plutôt orienter vers différents lieux, différents espaces qui, eux-mêmes, se rattachaient à des moments importants de l’histoire de la Gaspésie. On n’avait comme pas le choix de parler de certains lieux phares, comme bien sûr, le Rocher Percé, mais on voulait aussi aller plus loin, comme par exemple, parler de personnages historiques qui ont marqué la région, qui ne sont peux être pas inconnu en dehors de la région, comme la Maison Le Boutillier par exemple, où encore ce magnifique Lieu patrimonial de Paspébiac, où on voit carrément l’histoire devant nos yeux.

Donc, on s’est dit qu’on allait orienter le documentaire de cette manière, qui s’orientait autant de manières de faire un voyage historique, qu’un voyage touristique, parce que, souvent, quand on va dans une région qui n’est pas la notre, on a envie de se dire : Bon, c’est beau les paysages, mais comment est-ce que ç’a été construit? Qui sont les hommes et les femmes qui ont construit ces paysages? Donc, c’est la structure qu’on a choisi d’adopter pour la Gaspésie.

Et puis, aussi, je voulais parler à des autochtones qui était là depuis le début, qui eux m’ont raconté comment Jacques Cartier est arrivé, quand il a rencontré les Micmacs, notamment le site de Gespeg, qui m’a vraiment impressionné. Ça été un coup de cœur pour moi de rentrer dans cette culture qui est aussi la nôtre également. Puis, avec toute la tendance de renaissance autochtone, je pense que c’est une manière de se réapproprier l’histoire, puis d’ouvrir ses horizons, parce que l’histoire qu’on nous a racontée, ce n’est pas nécessairement celle qu’on trouve dans les manuels scolaires, mais c’est aussi une histoire à plusieurs voix et voies ».

Quelle a été l’aide des partenaires dans la production ?

« Ceux qui m’ont beaucoup aidé, c’est le Québec maritime, qui m’ont orienté vers les lieux à visiter, notamment Miguasha et le Lieu historique national de la Bataille-de-la-Ristigouche, pour entrer en contact avec les acteurs qui sont sur le terrain, qui permette de faire vivre ces milieux. Puis, honnêtement, ça nous a beaucoup facilité la vie. Quand on arrivaient, non seulement les portes étaient ouvertes, mais ils avaient hâte de nous voir, puis de nous parler.

Je cite tous les endroits que j’ai visités, ce qui fait que quelqu’un qui part, par exemple, et qui veux faire le tour de la Gaspésie, en descendant par Carleton-sur-Mer, pour remonter vers Matane, vous avez différents espaces pour vous arrêter, puis on vous dit ce que vous allez pouvoir voir. Mais, je n’ai pas le temps de tout raconter. Miguasha, j’aurais pu faire une vidéo de 45 minutes, puis je n’aurais pas dit le quart de ce que je devais dire. Mais, au moins, d’avoir une touche d’intérêt, puis de montrer que la région, oui c’est des paysages, oui c’est la beauté, oui c’est l’immensité, oui c’est la mer, c’est l’eau, les montagnes, mais c’est beaucoup plus que ça encore. Et, la trace qu’ont laissée les hommes et les femmes, à travers le temps, c’est une trace qui est fondamentale ».

À titre personnel, qu’est-ce que tu retiens de la Gaspésie ?

« C’est la première fois que j’y allais honnêtement. J’ai travaillé sur la Gaspésie dans des livres, puis on dit souvent que c’est bien les livres, mais tant que tu n’es pas au contact des choses, il y a quelque chose qui te manque. Puis, je l’ai eu ce sentiment. J’ai été renversé par les différents lieux que j’aie vu, et plus encore par le parc de Forillon, parce que là, tu as comme l’impression que tu es dans un territoire qui est intouché. On le sait qu’il y avait du monde, on l’est a délocalisé pour faire le parc et ça été un drame pas possible. Mais, d’aller là, d’avoir la préservation de ce parc, ça m’a excessivement ému.

Mais, plus encore, la passion des gens qui nous racontaient les histoires. C’est pour ça que j’ai voulu les mettre dans le documentaire. C’est une manière de dire aux québécois et québécoises d’aller dans ces régions, pas justes pour la beauté, mais pour se nourrir de l’histoire de tous ces intervenants qui sont capables de vous en apprendre tellement plus. On a un sentiment de fierté quand l’on sort de là, je pense ».

Laurent Turcot et des employé(e)s de Parcs Canada | Courtoisie Laurent Turcot

Bifurquons un peu et parlons de l’émission L’histoire nous le dira. Comment c’est né ?

« (Rire) C’est né d’une espèce de défi que j’avais lancé avec mes étudiants de l’Université du Québec à Trois-Rivières. J’ai dit : Vous savez, tout est sujet d’histoires. D’ailleurs, donnez moi n’importe quel sujet et, la semaine prochaine, je fais 45 minutes dessus. Il y a un étudiant qui a levé la main en disant : Fais donc ça sur le caca. J’ai dit OK. Ça super bien marché, puis, tranquillement, je me suis dit que ça serait peux être bien de commencer à vulgariser tout ça.

J’ai été consultant pour le jeu vidéo Assassin’s Creed Unity d’Ubisoft, puis j’ai été mis en contact avec des youtubeurs français qui travaillaient aussi là-dessus. Puis, je suis suis dit que je pourrais peut être essayer moi aussi. J’ai commencé à faire ça tranquillement, je me suis doté d’une caméra. Puis, bien sûr, la première vidéo que j’ai faite était sur l’histoire du caca ».

Avec plus de 300 capsules, quelle est l’histoire de L’histoire nous le dira ?

« (Rire) C’est la première fois qu’on me pose la question. Je pense que j’avance sans trop de poser de questions, d’autant plus que j’ai beaucoup de collaborateurs qui travail avec moi. Puis, quand on se fait des réunions pour savoir sur quoi on a envie de parler, je dis souvent à mes collaborateurs : Toi, qu’est-ce qui t’intéresse?

J’avance comme un passionné qui veut simplement dire et raconter. L’histoire de L’histoire nous le dira, je pense que c’est l’histoire d’un gars qui a voulu se lancer pour raconter l’histoire au plus grand nombre, puis, quelque part, qui a un peu réussi à sa manière ».