Les États-Unis ne renouvelleront pas l’ACEUM sous sa forme actuelle

La Presse Canadienne | 1 juillet 2026 | 13:22
Le premier ministre Mark Carney et le président américain Donald Trump se parlent lors du déjeuner de travail du G7 à Évian-les-Bains, en France, le mardi 16 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a annoncé que les États-Unis ne renouvelleront pas l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM)«sous sa forme actuelle», mais que cet accord commercial restera en vigueur pendant la poursuite des négociations.

«Les États-Unis continueront à collaborer avec le Mexique et le Canada pour remédier aux lacunes de l’accord et à nos déficits commerciaux avec ces pays», a indiqué M. Greer dans une déclaration, mercredi.

Cette décision déclenche un processus de révision annuelle renouvelable pouvant durer jusqu’à dix ans. À l’issue de cette période, si aucune prolongation n’est convenue, l’accord expirera.

M. Greer avait une réunion en ligne mercredi matin avec Dominic LeBlanc, ministre du Commerce Canada-États-Unis, et Marcelo Ebrard, ministre de l’Économie du Mexique, afin de discuter de l’avenir de l’accord commercial. Il s’agissait de la date limite pour que les trois partenaires de l’ACEUM indiquent s’ils souhaitaient que l’accord soit renouvelé.

Le Canada et le Mexique avaient précédemment indiqué qu’ils souhaitaient une prolongation de 16 ans.

«Nous avons convenu de l’importance de poursuivre nos discussions et de trouver des moyens de garantir que les cadres commerciaux et d’investissement entre le Canada, les États-Unis et le Mexique continuent de soutenir la prospérité et la compétitivité de l’Amérique du Nord», a écrit M. LeBlanc dans un communiqué de presse. 

«Pour le Canada, cela implique notamment des discussions de fond avec les États-Unis sur la question des droits de douane sectoriels imposés sur l’acier, l’aluminium, les automobiles et le bois d’œuvre canadiens», a-t-il ajouté.

L’ACEUM a protégé le Canada et le Mexique d’une grande partie des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump. Les deux pays sont en effet durement touchés par les droits de douane sectoriels imposés à certaines industries, telles que l’acier, l’aluminium, l’automobile et la fabrication de meubles. 

L’ACEUM a été négocié sous la première administration Trump pour remplacer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Ces négociations, parfois tumultueuses, ont constitué un premier test de l’approche d’Ottawa vis-à-vis de l’administration Trump, mais les trois pays ont finalement salué cet accord comme un succès.

Or, le président Trump n’a cessé de semer le doute sur l’avenir de l’ACEUM depuis son retour à la Maison-Blanche et son engagement dans une vaste campagne de droits de douane. Il a qualifié l’accord d’«obsolète» et a mentionné qu’il avait peut-être fait son temps.

L’ACEUM reste en vigueur à moins qu’un des pays partenaires ne notifie son retrait avec un préavis de six mois.

Les négociations commerciales entre le Mexique et les États-Unis ont commencé, mais Ottawa et Washington n’ont pas encore entamé de pourparlers officiels.

M. LeBlanc a affirmé que le Canada abordait ces discussions commerciales «en position de force et dans le but de préserver et de renforcer l’une des relations commerciales les plus fructueuses au monde».

«En cette période d’incertitude économique mondiale, le Canada est un partenaire stable, fiable et digne de confiance. Nous disposons de l’énergie et des ressources naturelles dont le monde a besoin, d’une main-d’œuvre de classe mondiale et d’un environnement commercial prévisible qui attire les investissements les plus importants depuis des décennies», a-t-il ajouté. 

Anticiper le chaos

Carlo Dade, directeur de la politique internationale et de l’initiative «New North America» à l’École de politique publique de l’Université de Calgary, estime que le non-respect de cette date butoir n’a pas beaucoup d’incidence sur l’avenir de l’ACEUM «tant qu’un travail constructif et un dialogue sont en cours».

«Je pense que le marché s’adapte à une nouvelle normalité marquée par l’incertitude vis-à-vis des États-Unis, a expliqué M. Dade dans un courriel. Cela dit, la prise de conscience de cette réalité implique également une meilleure prise de conscience des coûts.»

M. Dade a indiqué que certains membres de l’administration Trump avaient laissé entendre que les États-Unis accordaient toujours de l’importance à cet accord commercial.

M. Greer a fait valoir que certains «piliers» de l’accord commercial fonctionnaient bien. Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et le conseiller principal de Donald Trump, Peter Navarro, se sont montrés beaucoup plus critiques.

«Donald Trump négocie en public; nous devons donc prendre ses propos avec beaucoup de recul, quitte à les ignorer, et les considérer comme un moyen pour lui de se procurer un levier de négociation», a expliqué M. Dade.

Andrew Hale, chercheur à Advancing American Freedom — un groupe de défense conservateur fondé par l’ancien vice-président américain Mike Pence —, a soutenu que l’ACEUM constituait une réalisation majeure de la première administration Trump. Il a rendu hommage à l’ancien représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, pour avoir respecté la loi tout en se montrant un négociateur intransigeant.

Les mesures commerciales de M. Trump sèment désormais le «chaos» et de nombreux membres de l’administration «ne comprennent pas le Canada», a déclaré M. Hale.

«Ils sont tellement imprévisibles et c’est tellement chaotique, a-t-il affirmé. Si je savais quelle était leur stratégie, je pourrais faire fortune. C’est comme si on me demandait si j’avais une boule de cristal.»

Les négociations commerciales se poursuivront, mais cette incertitude décourage les investissements à long terme en raison de la forte intégration entre les trois pays, a ajouté M. Hale. Selon lui, si les négociations s’éternisent, cela pourrait nuire à la compétitivité mondiale de l’Amérique du Nord.

Les consultations annuelles pourraient également entraîner une recrudescence des tensions commerciales, a averti M. Hale, car elles «ne se déroulent généralement jamais en bonne entente avec l’administration Trump».

– Avec des informations de Sarah Ritchie