Kaméléart | Danielle Smith se défend d’avoir manqué de rigueur

Danielle Smith, directrice générale et artistique du diffuseur de Matane. (Photo Courtoisie Kaméléart)

Le diffuseur Kaméléart voyait-il trop grand pour assurer sa pérennité financière, nous avons fait le point sur les turbulences que traverse l’organisme dans le cadre d’une entrevue avec la directrice générale, Danielle Smith.

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Sans détour, celle qui est en poste depuis juillet 2020 parle d’une période difficile pour elle et pour l’organisation. La situation qui prévaut serait notamment une conséquence de l’automne « désastreux » au chapitre des revenus de billetterie. Voulant proposer une programmation diversifiée et digne des grands centres, Danielle Smith dit déplorer le faible intérêt du public envers plusieurs représentations qui ont été présentées à perte et donne pour exemple la venue d’Arianne Moffatt qui s’est traduite par moins d’une cinquantaine de billets vendus, un résultat guère plus réjouissant pour le passage de Marjo avec moins de 200 billets écoulés sur les 760 sièges que compte l’auditorium. Zacharie Richard qui fait salle comble partout s’est avéré tout autant difficile financièrement alors que moins de la moitié des billets ont trouvé preneur, scénario similaire pour Lynda Lemay.

« J’ai vu trop grand? j’ai voulu jouer dans la cour des grands? on s’est trompé? Peut-être. Moi je pensais que 70 spectacles par année, pis faut pas oublier que là-dessus il y en avait 20-24 au Barachois l’été et 20-25 par saison, c’était quand même pas tant que ça. Si c’était trop pour la population, ben tsé, [autrement] ça amène d’autres problèmes. »

Danielle Smith, Directrice générale

L’autre problème fait remarquer Danielle Smith, c’est qu’en se limitant à une vingtaine de représentations comme c’était le cas auparavant, il devient impensable de pouvoir maintenir une équipe technique locale, il faut alors dit-elle faire appel à des travailleurs de l’extérieur, ce qui engendre de nombreux coûts supplémentaires.

Outre l’appétit du public pour la programmation, Danielle Smith pointe du doigt tout le contexte sanitaire qui prévalait encore en décembre dernier alors que la Santé publique invitait dit-elle la population à rester à la maison pour avoir un beau temps des Fêtes.

En entrevue, la directrice générale se défend d’avoir manqué de rigueur dans la gestion des finances de l’organisation. Confronté à des coûts de diffusion et de main-d’œuvre qui ont explosé depuis un an, le train aurait déraillé à son avis seulement que l’automne dernier, essentiellement en raison des ventes anémiques. « Où j’ai perdu le contrôle c’est sur les revenus de billetterie. »

Lorsque questionnée sur les choix qui ont été faits au moment de faire certaines dépenses pour un organisme sans but lucratif qui était en relance au moment de son arrivée en poste, Danielle Smith a dit vouloir remettre les éléments dans leur contexte.

Était-il justifié d’investir 35 000$ pour faire de la patine sur les murs du bureau de Kaméléart ou d’engager une somme de 30 000$ dans un documentaire fantôme ?

À ces exemples, Danielle Smith répond. Le documentaire qui prévoyait le tournage et la diffusion de plusieurs épisodes dit-elle d’emblée était évalué à plus de 100 000$ et devait être réalisé à l’aide d’une subvention qui n’a finalement jamais été reçue. Danielle Smith affirme qu’elle avait une confirmation verbale que le projet était admissible pour une aide financière, mais que le premier paiement de 30 000$ avait déjà été fait au moment d’apprendre le refus de la subvention. Une partie du tournage aurait également déjà eu lieu. En quoi consistait ce projet ? La directrice soutient avoir eu l’intention avec ce documentaire de chercher à créer un sentiment d’appartenance envers Kaméléart pour la population de la Matanie en plus de faire comprendre et rayonner le rôle de l’organisation sur la scène culturelle régionale. « On avait confiance que ça fonctionne, ce n’est pas parce qu’on n’a pas été consciencieux. » affirme la DG.

Concernant la location d’un nouveau local et son aménagement à grands frais en 2020, cette décision aurait permis de sécuriser une subvention de la Ville de Matane selon Danielle Smith. Considérant la pause d’activités provoquées par la crise sanitaire, Kaméléart était à risque de ne pas remplir ses engagements auprès de la ville en ne présentant pas de spectacles, une situation qui aurait alors entraîné le retrait de la subvention. Or, la directrice dit avoir obtenu de la ville l’autorisation d’utiliser ladite subvention pour aménager ses locaux et acheter de l’équipement.  « Blâmez-moi, moi j’ai voulu créer un espace ou les gens viendraient, se sentiraient bien chez nous, on a voulu faire quelque chose à notre image. Je me suis dit Kaméléart n’a jamais payé de local en 40 ans, il est peut-être temps qu’on investisse. Ce n’est pas de l’argent qui allait en dépenses, oui c’est sorti des coffres, mais c’était dans les immobilisations. »

L’absence d’une salle de spectacle dans l’équation

Malgré les investissements des dernières années, le fait que Kaméléart doit se résigner à présenter des spectacles dans un auditorium de polyvalente en saison pèse aussi dans la balance selon la directrice générale. Les limitations techniques relatives à la scène empêcheraient de présenter des spectacles d’envergure ou plus populaire qui feraient sonner la caisse de la billetterie. L’absence d’un bar qui pourrait assurer de nouveaux revenus autonomes lors de la présentation de spectacle figure aussi au nombre des éléments défavorables. Il en va de même selon Danielle Smith pour le local de l’organisme qui serait normalement attenant à la salle et qui permettrait d’éviter d’autres types de frais pour avoir pignon sur rue.

Questionnée sur sa volonté de reprendre éventuellement ses fonctions à son retour de congé maladie pour compléter son contrat de 5 ans, Danielle Smith dit concentrer ses énergies à se remettre sur pied avant de confier que l’expérience n’aura pas été ce qu’elle croyait. « En deux ans et demi, je n’ai jamais pris mes vacances […] Je ne me suis pas mise à terre pour rien. J’étais toute seule pour tout faire. […] Si vous me demander si ça valait la peine, je vais vous répondre, non ça ne valait pas la peine pour le résultat. »

Rappelons que la Ville de Matane entend faire le point sur la situation financière actuelle de l’organisme une fois que le bilan financier sera complété.

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