La fin de la PCU vue d’un bon oeil par les commerçants matanais

La journée du dimanche 27 septembre a marqué la fin de la Prestation canadienne d’urgence (PCU), laissant place à une nouvelle forme d’aide financière du gouvernement fédéral avec davantage de restrictions. Plusieurs commerçants de Matane accueillent la nouvelle à bras ouverts, alors qu’ils bûchent pour résorber cette pénurie de main d’oeuvre qui sévit. Tour de table.

À la fin de l’été, les deux Tim Hortons de Matane ont dû fermer leurs salles à manger et leur horaire de nuit par manque d’employés. « Dès que la PCU a fini, ça l’a automatiquement paru [dans la réception de candidatures]. Habituellement j’en reçois à tour de bras, mais cette année, zéro », dit le propriétaire des restaurants. Il affirme avoir recueilli très peu de curriculum vitae de jeunes étudiants pour du temps partiel. Normalement, les deux Tim Hortons comptent une soixantaine d’employés en banque, alors qu’en ce moment il n’y en aurait qu’une vingtaine.

Au Café aux Délices, le propriétaire n’avait « pas eu un nom de l’été », pendant que plusieurs postes demeuraient non comblés. « Cet été, il me manquait de tout : serveurs, cuisiniers, caissiers, plongeurs… Et depuis une semaine et demi, les CVs rentrent », a annoncé le propriétaire Emmanuel Ouellet. Le Café aux Délices a même dû fermer pendant une semaine, celle suivant la Fête du Travail, pour laisser souffler ses employés. Le propriétaire, soulagé, a récemment réussi à embaucher trois nouvelles personnes, ne restant qu’un cuisiner manquant à l’appel.

La fin de la PCU a aussi été accueillie de manière positive au IGA Marché DesRosiers, qui recrutait massivement cet été. « C’est drôle, nous vivons une vague d’embauches depuis 2 ou 3 semaines! On a vu une petite différence », a annoncé le propriétaire Jean-François Desrosiers. « Peut-être qu’avec la fin certains ont décidé de retourner au travail… Mais ça l’a comme débloqué. » Selon lui, l’équipe manquait environ quinze personnes, jusqu’à ce que ses gérants engagent dernièrement cinq personnes à temps plein et 7 à 8 étudiants à temps partiel.

Sur le bord du fleuve, les campagnes de publicité du côté du Riôtel à Matane n’ont pas eu l’effet escompté et l’objectif d’embauche de main d’oeuvre en prévision de l’automne n’a pas été rempli. Selon la directrice ventes et marketing Nathalie Blouin, les candidatures envoyées provenaient surtout de l’étranger, de candidats qui n’avaient notamment pas de permis de travail ni d’expérience concrète en hôtellerie ou dans le milieu du tourisme.

Mme Blouin s’est tout de même réjouie d’annoncer qu’ils ont pu combler quelques postes, sans parler de quelques nouveaux employés à Matane venant des Riôtel de Percé et de Bonaventure, étant tous deux des établissements saisonniers. Cet été, selon Nathalie Blouin, le Riôtel Matane a pu compter sur des étudiants étrangers vivant à Matane et n’ayant pas accès à la PCU. « Il est encore tôt pour dire si la fin de la PCU aura un effet sur l’embauche, mais nous espérons qu’elle entraîne l’avènement de nouvelles candidatures », a-t-elle déclaré.

Lorsque la question fut soulevée auprès de spécialistes en économie matanaise, le ton de leurs réponses s’est avéré davantage pondéré, en toute relativité. En commençant avec Jean Langelier, directeur innovation et développement chez FIDEL de Matane, pour qui un paquet de facteurs peut expliquer la difficulté d’embauche lors de crise de la COVID-19. La PCU est l’un des facteurs pouvant amener des changements importants dans le milieu de travail, selon lui.

« Avant de conclure que la PCU est un facteur principal pour expliquer la difficulté de recrutement des entreprises, il faudrait se donner la peine de poser un diagnostic plus approfondi de l’ensemble des causes », a affirmé M. Langelier. D’après lui, en tirer des conclusions rapides serait prématuré. Dans les prochaines semaines, FIDEL espère pouvoir compléter une enquête étendue sur l’effet de la COVID-19 et un sondage auprès des entrepreneurs.

Annie Fournier, directrice générale de la SADC de Matane est d’un avis similaire à M. Langelier. « En ayant aucun outil de mesure, nous n’avons pas pu mesurer concrètement ses effets sur l’emploi. La PCU aurait pu avoir un effet, mais est-ce que la seule donnée? Peut-être que non », a-t-elle affirmé. Elle affirme toutefois avoir eu écho des commerçants sur les effets possibles de la PCU. « Ce sont eux les gestionnaires qui savent dans leur secteur d’activités ce qu’il se passe, et ce sont les mieux outillés à répondre à cette problématique », soutient-elle.

Au Carrefour jeunesse-emploi de Matane, Bertoni Coulombe s’attend à un achalandage plus élevé des demandes d’emploi ou de réception d’offres d’emploi dans les prochaines semaines, et « il nous fera plaisir d’aider ces commerces à trouver les employés », dit-il. Pour M. Coulombe, la situation actuelle n’est pas nouvelle; la rareté de main d’oeuvre perdure localement depuis plus d’un an et demi maintenant. Pour les secteurs plus touchés par le ralentissement économique, la PCU n’a été qu’un défi de plus à relever, alors que plusieurs travailleurs ont dû se résoudre au choix de la PCU pour compenser le manque de revenus.