PORTRAIT | Caroline Bernier-Dionne, l’artiste marionnettiste à la créativité exubérante

Photo courtoisie.

Depuis sa plus tendre enfance, Caroline Bernier-Dionne carbure à l’art, aux implications multiples et aux projets créatifs. Originaire de Petit-Matane, la Montréalaise d’adoption se donnait en spectacle au Cirque du Soleil depuis 2019, et ce, jusqu’à ce que la pandémie frappe. Malgré le ralentissement culturel, l’artiste se dit plus occupée que jamais. 

Même si sa vie de tournée avec le Cirque du Soleil s’est arrêtée depuis le début de la pandémie, sa vie d’artiste est loin de s’être freinée. « Je travaille même beaucoup, mais ce n’est pas sur les mêmes fonctions », rigole-t-elle. Revenue aux sources, Carole Bernier-Dionne a repris contact avec sa communauté de travail, et sa carrière a pris un virage insoupçonné.

Elle avait déjà accompli des périodes d’animation dans les écoles, des spectacles, et même de la création d’ateliers d’art dramatique. D’ailleurs, Caroline avait travaillé pour Allô prof, offrant des présentations d’art dramatique. C’est donc la voie qu’elle a décidé de prendre depuis quelques mois, comme l’enseignement se donne facilement virtuellement ou à l’extérieur.

Elle allie donc son talent en animation et son humour pour mieux connecter avec ses élèves, d’une manière non conventionnelle. « Lorsque tu es formé comme comédien ou clown, tu peux amener plein de couches à ton travail. C’est très ludique et divertissant pour les enfants », a-t-elle pointé. Étant artiste indépendante, elle est également engagée contractuellement par la compagnie de théâtre Qu’en dira-t-on pour donner des ateliers de marionnettes à des jeunes.

Déguisée dans la peau d’un de ses personnages. Photo courtoisie.

Caroline Bernier-Dionne anime également un podcast en ce moment, appelé « The Puppet Podcast », où elle connecte avec des marionnettistes de partout dans le monde. Que ces invités viennent de l’Angleterre, de Singapour, du Brésil, de l’Australie, des États-Unis ou des Pays-Bas, ils se permettent de se rassembler et célébrer l’art de la marionnette. D’ailleurs, fin janvier, ils ont organisé un gala en ligne auquel plus de 200 personnes ont assisté.

Son conjoint, avec qui elle habite dans son condo de Montréal, l’accompagne dans son projet de podcast, qu’elle gère depuis octobre 2019. Comme il est spécialiste des médias sociaux et expert en marketing, ils ont uni leurs forces pour interviewer des vedettes de la marionnette. Ces marionnettistes peuvent travailler dans différents milieux, au cinéma ou au théâtre, mais le public y est très niché, alors elle apprécie faire découvrir cet art à ceux qui ne connaissent pas.

Le podcast « The Puppet Podcast » est disponible sur toutes les plateformes connues. Les émissions se partagent entre le français et l’anglais; les invités viennent des quatre coins du monde, mais certains habitent en France et au Québec. Caroline en profite pour peaufiner ses connaissances de la langue anglophone.

Pendant ses études, Caroline Bernier-Dionne a reçu plusieurs formations en radio et en télévision en complémentaire. Et ses connaissances ont continué à se développer avec les cours d’animation télé de l’Union des artistes. « Pour moi j’ai pu reconnecter, mais ce qui est intéressant en ligne, en podcast, c’est d’être en direct, ou l’aiguilleur du spectacle. C’est toi qui lance les questions, les images, et qui pose des questions à tes invités. C’est du divertissement, mais aussi de l’information passionnée, et je m’amuse beaucoup là-dedans », a-t-elle expliqué.

Sa vocation d’animatrice télé s’est donc développée d’un même élan à travers les réseaux sociaux, avec les plateformes numériques très proéminentes en ce temps de pandémie. Elle a d’ailleurs pu bénéficier d’un soutien financier du gouvernement du Canada pour sa stratégie numérique sur comment l’art peut continuer à se connecter avec son public en ligne.

Au premier plan, sa carrière de marionnettiste

Depuis 2019, Caroline Bernier-Dionne travaille comme marionnettiste pour le Cirque du Soleil. Jusqu’à ce qu’arrive la pandémie en mars 2020, et la tournée du spectacle Axel s’est subitement interrompue. Mais la passion de Caroline pour les marionnettes ne vient pas d’hier, mais plutôt s’est développée avec ses expériences de travail depuis son arrivée à Montréal.

Elle se passionne d’ailleurs à faire découvrir ce médium d’art aux néophytes. Après tout, la marionnette est naturellement associée au divertissement pour enfants. Mais pour elle, la marionnette est bien plus que simplement Bobino, Bobinette, Cannelle et Pruneaux, les Ninja Turtles ou Passe Partout. « Ce n’est pas évident, parce qu’au Québec, nous n’avons pas de grande culture de marionnette, et surtout, de marionnette pour adultes. Il y a encore beaucoup de terrain à gagner pour faire connaître cet art », a-t-elle affirmé.

Collage photo courtoisie.
Collage photo courtoisie.
Collage photo courtoisie.

« On communique le message de notre spectacle avec des objets, des symboles. Et parfois on va poser des questions sur la vie, la mort, le sens ou les relations. On peut raconter une histoire mais en objets », a lancé Caroline. Elle porte en exemple le travail de Jim Henson dans la conception des Muppets, qui a réussi à conquérir un grand marché et à faire connaître la marionnette au grand public, ou le film Dark Crystal de 1982.

Une artiste multidiscplinaire 

Caroline Bernier-Dionne n’avait aucune expérience en cirque avant d’intégrer l’équipe du Cirque du Soleil. En fait, l’entreprise de divertissement l’a contactée directement car elle avait le profil unique et le mélange de compétences requises pour un rôle particulier. Non seulement Caroline possède-t-elle des années d’expérience en théâtre et en animation, elle sait patiner.

Alors qu’elle était haute comme trois pommes, c’est à Matane que Caroline a appris à patiner, auprès du CPA Tourbillon. Elle a d’ailleurs performé de manière compétitive au niveau régional et provincial pour le CPA Tourbillon. Et en même temps que son école secondaire, Caroline faisait 10 heures de patin par semaine. Pour ses exploits, elle a remporté plusieurs médailles.

De ces années de compétition, elle va toujours se rappeler précisément d’un solo de patin. À l’époque, elle était fan de Jim Carrey pour son personnage dans Le Masque, alors elle avait interprété sur glace le fameux personnage. « Je vais toujours m’en rappeler, parce que ça a été le début de mon amour pour le théâtre. C’est la première fois que j’endosse un personnage aussi extraverti, celui de mettre un masque et d’être capable de conquérir le monde. »

Ce fut la première fois qu’elle réalisait sa passion pour les identités des personnages. « À Halloween, je me déguisais tout le temps, et c’est comme l’idée de devenir quelqu’un d’autre », a-t-il pointé. « Et Le Masque, ce n’était que le début. » En même temps que le patinage artistique et le sport, Caroline vouait son temps à plusieurs formes d’art et autres implications.

Outre le patin, elle a joué de la musique, en prenant notamment des cours de batterie pendant deux ans. Évidemment, elle faisait du théâtre avec le défunt théâtre Le Flot d’idées de Matane. Et en hiver, elle adorait aller au Mont-Castor pour la planche à neige. Sans oublier qu’à la Polyvalente de Matane, elle siégeait sur le conseil étudiant, s’occupant de la trésorerie. « Je faisais toujours plusieurs choses en même temps, jamais en m’asseyant sur une seule affaire. »

Impliquée pendant plusieurs années dans la ligue d’improvisation, elle a dû prendre la décision sur où poursuivre ses études à la fin de son secondaire cinq. « À un moment donné, je me suis posée la question : qu’est-ce que je peux faire, sans jamais m’ennuyer, et que je trouve toujours du plaisir à faire? Ma seule réponse a été : le théâtre », a-t-elle exposé, emballée.

Elle a ensuite étudié à l’école de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe à partir de 2002. « Ma mère ne voulait pas que je quitte Matane, elle m’a même inscrite au cégep sans me le dire », a ri Caroline. Elle a eu beau essayer de la convaincre de rester en Gaspésie, mais Caroline avait soif d’aventures. À la fin de son secondaire, elle est même partie en Colombie-Britannique pour apprendre l’anglais grâce à une bourse du gouvernement du Canada.

À Saint-Hyacinthe, une fois de plus, Caroline Bernier-Dionne s’implique sur le campus étudiant, en gérant notamment le quartier étudiant. « Je suis peut-être une fille un peu hyperactive, engagée, qui en fait beaucoup et qui ne s’essouffle pas. Mes deux parents aussi étaient très impliqués », a-t-elle expliqué. Ses parents avaient deux emplois simultanément, et son père a été commodore de la marina de Matane, dans la patrouille de ski, et membre du Club des lions. « Ça fait partie de mon ADN d’être très impliquée et faire plein de choses en même temps. »

Du haut de ses échasses, Caroline Bernier-Dionne à l’inauguration du parc Hammermill. Crédit photo : Arsenal Media

En 2007, Caroline Bernier-Dionne s’établit à Montréal pour lancer sa carrière de comédienne suivant ses études collégiales. Elle a eu notamment l’occasion de se former comme marionnettiste au Théâtre de la Dame de Coeur à travers le défunt Théâtre de l’Arrière-Pays. Elle a découvert l’univers de la marionnette géante, pour lequel elle se spécialise.

Plusieurs années plus tard et des dizaines d’emplois sous son aile, elle se donne le titre d’une artiste multidisciplinaire. Elle maîtrise de nombreuses formes d’art ou de techniques de spectacle, incluant les échasses. « Pour moi, cela fait partie de mon métier. Je ne veux pas m’arrêter à un type de théâtre ou à une forme, juste à la télé ou juste au cinéma. » Actuellement, n’ayant plus d’agent, elle se représente elle-même à travers les Acteurs associés.