PORTRAIT | Mathieu Lapointe, le « miraculé » médical qui relève tous les défis

Mathieu Lapointe pris sur le vif dans son salon. Crédit photo : Arsenal Media (Claudie Arseneault)

Dans le cadre de la Semaine québécoise du traumatisme craniocérébral, il était adéquat de souligner l’histoire de Mathieu Lapointe. Matanais d’origine et victime d’un TCC en 2012, il a bravé tous les défis et est maintenant horticulteur et enseignant au Centre d’éducation des adultes de Matane.

Le 14 février 2012, Mathieu Lapointe est en voyage à Antigua au Guatemala. Il est dans un parc avec des amis, où une bagarre éclate à côté d’eux. Un des deux protagonistes, que Mathieu ne connaissait pas, s’est viré vers lui en lui lançant un coup de poing sur la mâchoire. Il tombe, et sa tête frappe une roche.

Loin des hôpitaux, ils ne se doutaient pas de la gravité de la situation. En effet, Mathieu Lapointe ne réalisait pas à cet instant qu’il était victime d’un traumatisme craniocérébral. Retournant se coucher à l’auberge, c’est le lendemain dont tout s’est rapidement gâté. Ils ont appelé l’ambassade canadienne du pays, qui leur a recommandé un hôpital à une heure de leur localisation. Une ambulance l’a amené en vitesse à l’hôpital.

En arrivant à l’hôpital de Guatemala City, le neurochirurgien avait 10 minutes pour l’opérer sinon Mathieu perdait la vie cette journée-là. À cause de l’épanchement de sang créé par le choc crânien, son cerveau avait gonflé et n’avait plus d’espace, alors ils ont dû lui enlever une portion de volet osseux. Heureusement, l’opération fut un succès. Reconnaissant d’avoir des assurances de voyage, il est resté 3 semaines dans un hôpital privé. Ses parents étaient en voyage à la Barbade, et ont réussi à venir le rejoindre en peu de temps.

Son père a été pris en charge par l’ambassade canadienne au Guatemala, et ainsi, il a pu rester trois semaines à son chevet pendant que Mathieu était dans le coma. Puis, ce dernier a été transféré à l’hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec, où il est resté plus d’un mois suite à une trachéotomie. Ça a été le réveil assez mouvementé du coma, que Mathieu décrit comme « le pire lendemain de brosse » qu’il n’a jamais eu. C’est à cet instant qu’il a réalisé que le côté gauche de son corps était complètement paralysé.

De son esprit comateux, ses derniers souvenirs remontent à trois semaines auparavant, au Guatemala, où il était en vacances, encore insouciant. « À l’hôpital, ce n’était pas un moment très joyeux de mon existence, je l’avoue. Je ne pouvais pas parler pendant deux semaines », a-t-il affirmé. Il a ensuite été transféré à l’IRDPQ, l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec, pendant 7 mois. Dès le premier plan d’intervention de réadaptation, le pronostic des médecins était plutôt négatif, affirmant que Mathieu « ne marcherait plus jamais et ne pourra plus travailler… »

Le vélo stationnaire de Mathieu, qu’il pédale aussi souvent que possible pour rester actif, même à la maison. Crédit photo : Arsenal Media

Cela fait plus de 8 ans depuis son accident, et Mathieu Lapointe a fait de nombreux progrès. Il a perdu sa chaise roulante et est capable de marcher de manière indépendante depuis 2015. Cela fait également exactement 5 ans, depuis octobre 2015, qu’il n’utilise plus de canne dans sa maison. Et il est maintenant capable de contrôler quelques doigts de sa main gauche.

Il reste actif et s’entraîne à tous les jours. Il nage depuis peu et arrive à faire plus d’une trentaine de longueurs. Bref, selon lui, la clé de la réadaptation, c’est d’être actif. « Si tu t’assois sur ton steak et que tu ne fais rien, c’est certain que tu ne progresseras jamais. Si tu te motives, il a moyen d’avoir des petits gains. » Selon la communauté médicale, la réadaptation se passe dans les 6 premiers mois, et ce qui n’a pas été récupéré est perdu à jamais. Mathieu est loin d’être d’accord. « Si je ne faisais pas d’efforts, je ne verrais jamais de progrès », a-t-il affirmé. 

Sans compter qu’il a réussi aujourd’hui à poursuivre ses rêves et vaquer à ses occupations personnelles, en recommençant derechef à jouer de la guitare. En 2013, le premier été où il est revenu à Matane, il a lu le livre « Le jardinier-maraîcher : manuel d’agriculture biologique sur petite surface » de Jean-Martin Fortier. « Ça m’a allumé une lumière », s’est-il exclamé.

Les étés avant son accident, M. Lapointe partait en voyage de mai à novembre dans l’ouest canadien où il cueillait des fruits dans les vergers, et avec cet argent, dans d’autres pays internationaux où le coût de la vie était relativement bas. « Mon TCC était pour moi une perte d’autonomie épouvantable. J’étais en état de dépendance totale envers les autres, ce qui faisait contraste à qui j’étais avant, un modèle d’indépendance, vivant au gré de mes envies sans penser au futur. » D’après lui, ces épreuves lui ont permis de s’ancrer et de se trouver des projets d’avenir.

Et pour éviter les sentiments de profonde nostalgie et de mélancolie de ses vagabondages d’été, il a commencé une nouvelle activité estivale, celle de jardiner. Avec son baccalauréat en anthropologie de l’Université Laval en poche depuis 2011, il a voulu poursuivre ses études soit en complétant une maîtrise en anthropologie – il devait vivre à Québec et n’a pas encore toutes les capacités pour habiter seul – ou un certificat en horticulture pour partir à la conquête de sa nouvelle passion.

Mathieu Lapointe, confortablement assis dans son salon. Crédit photo : Arsenal Media

C’est donc en 2014 qu’il s’est inscrit au programme à distance d’horticulture et de gestion des espaces verts de l’Université Laval. Depuis la fin de son programme en 2017, il occupe des petits emplois à temps partiel dans le domaine. Il a travaillé pour les Incroyables Comestibles de Matane durant les étés 2015 et 2016 en quadriporteur. Puis, il a bossé au jardin communautaire à Les Méchins comme consultant, donnant des conseils d’horticulture, comme il se spécialise dans les potagers. Depuis quelques années aussi, il s’implique bénévolement au Groupe d’Entraide Matanie, au Réseau Matanie et sur les chantiers de l’Alliance pour la solidarité.

D’ailleurs, cet été, la résidence Les Bâtisseurs l’a appelé pour accompagner les aînés à jardiner. « Ma réputation me précède », a-t-il rigolé. En effet, en plus d’être pro des potagers, Mathieu ne se cherche que des emplois à temps partiel, car il a une très grande fatigabilité et n’a pas l’énergie pour travailler plus de 10 heures par semaine. Présentement, il enseigne l’horticulture au Centre d’éducation des adultes de Matane à l’automne et au printemps, six heures par semaine.

Et dans les prochaines années, celui-ci aspire à acheter sa propre terre, et de la partager avec des amis ou des collègues. Il aimerait s’y bâtir une grande serre et un gros jardin pour y faire pousser des légumes, des herbes et des arbres, et les vendre, ou même y partir un écovillage. Dernièrement, il avait fait la visite de terres à Saint-René et Grosses-Roches. Maintenant âgé de 32 ans, Mathieu Lapointe se sent fin prêt à emménager dans son propre espace. 

Malgré tout, il essaie de rester positif autant que possible, et évite de regarder en arrière pour se concentrer sur l’avenir. Et il essaie d’en faire de même pour d’autres ayant subi eux aussi un traumatisme craniocérébral afin qu’ils puissent se motiver et se dépasser. « Si tu as un entourage qui te supporte, la seule personne qui t’arrête c’est toi-même », a-t-il appuyé. « Le maître de ta réadaptation, c’est toi. Les spécialistes peuvent dire que je suis un miracle, mais au final, le miracle, c’est moi qui l’aie créé. »