Une équipe multidisciplinaire de l’UQAR tente d’éclaircir le mystère entourant une lettre d’une passagère du Titanic

Courtoisie Nicolas Beaudry-UQAR

Une équipe multidisciplinaire de l’Université du Québec à Rimouski se penche sur un vestige du passé qui fait partie de l’histoire entourant la tragédie du Titanic survenu en 1912. Il s’agit d’une lettre provenant d’une bouteille qui aurait été lancée à la mer, quelques heures avant la tragédie.

Procédé de recherche par spectroscopie. (Courtoisie UQAR)

Cette missive, datée du 13 avril 1912 a été retrouvée sur une plage d’Hopewell Rocks, dans la baie de Fundy au printemps 2017. La bouteille en question était encore scellée lorsqu’elle a été retrouvée par Nacera Bellila, El Hadi Cherfouh et leurs enfants Koceila et Dihia, de Dieppe au Nouveau-Brunswick. Voici le message qu’elle contenait : « Je jette cette bouteille à la mer au milieu de l’atlantique. Nous arriverons à New York dans quelques jours. Si quelqu’un la trouve, prévenez la famille Lefebvre à Liévin ».

Cette lettre est signée Mathlide Lefebvre. Elle avait moins de 13 ans et était passagère de troisième classe du Titanic en compagnie de sa mère, Marie Dumont, et trois de ses frères et sœurs. Elle allait retrouver son père Franck Lefebvre, qui avait quitté la France vers 1910 avec quatre autres de ses enfants afin de tente sa chance en Amérique. Le naufrage du paquebot survenu dans la nuit du 14 au 15 avril  1912 a emporté Mathilde et sa famille ainsi que 1500 autres passagers et membres d’équipage.

La bouteille lancée à la mer qui s’est échouée sur la plage au Nouveau-Brunswick et qui a été retrouvée au printemps 2017. (Photo Nicolas Beaudry-UQAR)

La famille de monsieur Cherfouh a décidé de faire parvenir la bouteille et son contenu à l’UQAR pour en faire l’expertise. C’est grâce au travail de l’historien Maxime Gohier que le projet de percer le mystère entourant cette lettre a vu le jour, lui qui s’est entouré d’une équipe multidisciplinaire qui ensemble, tentera d’en savoir plus sur cette découverte.

Selon le professeur Gohier, cette bouteille pourrait être le premier artefact du Titanic découvert sur les côtes américaines. L’engouement entourant cette découverte et grandiose et devient par le fait même un objet d’étude fort intéressant. De plus, via le site internet de l’UQAR dans un article de Jean-François Bouchard, on apprend que les découvreurs ont été rencontrés par des membres de l’équipe pour documenter les lieux et circonstances de la trouvaille ainsi que les membres de la famille Lefebvre résidant à Aix-en-Provence.

Analyse de l’encre de la lettre par spectroscopie Raman.(Photo Nicolas Beaudry)

Depuis, une grande mission de l’équipe multidisciplinaire s’est amorcée au point de vue scientifique et pédagogique. Les archéologues Nicolas Beaudry et Manon Savard ont pour leur part étudié et documenté la lettre et la bouteille au Laboratoire d’archéologie de l’UQAR et ils ont obtenu des datations par radiocarbone du bouchon de papier et de liège.

De son côté, le chimiste Richard St-Louis analyse la composition de l’encre, du verre, du papier et de la cire qui scellait le bouchon de la bouteille, ce qui représente un véritable travail de moine. Le spécialiste de l’ISMER-UQAR, Daniel Bourgault se charge d’étudier les courants océaniques et des vents qui ont pu influencer la trajectoire de la bouteille dans l’Atlantique Nord avec deux collègues de l’Institut météorologique norvégien et d’un spécialiste du Centre Nansen de télédétection et d’études environnementales en Norvège.

Vue sur la Baie de Fundy au Nouveau-Brunswick, l’endroit où la bouteille fut retrouvée en 2017. (Photo Courtoisie UQAR)

Enfin, le géographe Guillaume Marie appuyé par ses étudiants dirige leurs recherches sur les processus de sédimentation et d’érosion à l’œuvre dans la Baie de Fundy afin de mieux comprendre comment un tel objet aurait pu s’échouer, être enseveli et être dégagé après plusieurs décennies.